Keep Dancin'

2010


Keep Dancin' - photogramme



Boucle vidéo de 10 mn 52.


Le montage Keep dancin’ construit une boucle de 5 minutes à partir de trois plans de la séquence-titre de Singintxt_quote_single_close in the Rain (Chantons sous la pluie) de Gene Kelly et Stanley Donen. Excluant la présence de tout autre personnage, à l’exception d’un mannequin figurant dans une vitrine, elle ne retient de la scène qu’un fragment du numéro de claquettes interprété par Gene Kelly.

Comme celui de John Travolta dans Sunday night, le numéro de danse du personnage peut se prolonger indéfiniment. Tout en déployant à une échelle nouvelle la figure du cercle déclinée figurativement sur l’ensemble de la séquence, cette structure incessamment répétée contribue à déplacer la perception de la scène originale du film. Il est possible de déceler dans ce choix de construction un commentaire sur le succès phénoménal de l’œuvre co-réalisée par Gene Kelly et Stanley Donen, hissée, au fil du temps, dans le peloton de tête des plus grands classiques de la comédie musicale américaine. D’une certaine manière, Gene Kelly n’a eu en effet de cesse, depuis la sortie du film, de danser sous la pluie et de ravir, par ses gamineries et sa mine enjouée, des générations nombreuses de spectateurs. En mettant en boucle l’une des séquences les plus emblématiques de l’histoire cinéma, le montage, comme le font plusieurs montages de la série, souligne ainsi son caractère mythique et sa forte puissance de rayonnement.

Mais, au même titre que l’ensemble des montages de They Shoot Horses, Don’t They? dont le titre du montage lui fait clairement écho, Keep dancin’ peut être appréhendé en dehors de ce cadre cinéphilique. En référence à son titre, les enjeux de la série et l’arrière-plan politique de On the Brink avec lequel il engage un nombre important de correspondances (omniprésence de la pluie, importance du cercle, effets de boucle, mouvements de fortes accélérations), il se charge, malgré ses abords guillerets, d’une dimension critique sur le monde contemporain. Le contraste que le montage met en place entre l’optimisme à toute épreuve du personnage interprété par Gene Kelly et la pluie ininterrompue qui devrait constituer, à son encontre, un élément hostile acquiert, dans l’effet de continuité que met en place l’effet de boucle, une dimension quelque peu suspecte. Critique du jeunisme et de l’importance accordée à l’apparence (à travers la présence d’un sourire constamment affiché), du dictat que peut exercer le travail sur certaines populations en temps de crise (le titre de l’œuvre apparaitrait ici comme une injonction) ou d’une indifférence exprimée face aux dysfonctionnements d’une société qui donne de plus en plus place à l’individualisme, l’œuvre propose plusieurs cadres de lecture possibles qui troublent la perception première. La disparition de la figure d’autorité qui venait dans le film interrompre le numéro dansé participe de ce spectre d’interprétations au même titre que celle du contexte narratif d’origine.

A moins que pris par la bonne humeur et l’insouciance communicatives du personnage, le spectateur préfère, plus simplement, relever dans le montage un défi lancé contre l’adversité et une ode à la liberté contre tous les formes de conformismes.

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