Rain/Pain

2009


Paris, Le Dressing



Montage vidéo. Existe également sous la forme d’une installation pour vidéoprojecteur avec écran de verre et pampilles de cristal.
1 montage vidéo de 9 mn 40.

Le montage propose une série de variations autour de La Femme qui pleure de Pablo Picasso. Composé de différents extraits de Laura, plaqués les uns sur les autres par différents effets de surimpression, il est structuré autour d’un long plan s’attardant sur Bessie Clary, la domestique de Laura qu’interprète Dorothy Adams dans le film d’Otto Preminger.

La douleur de Bessie trouve dans le montage plusieurs formes d’extériorisation. Le motif des larmes de Dora Maar y est décliné sous la forme d’une série de motifs substitutifs où se combinent aussi bien des pluies diluviennes se déversant sur un paysage nocturne et des éclairs illuminant une route de campagne que des branchages fouettant le visage de la domestique ou des billes métalliques se déplaçant dans le cadre de la représentation. Au cours de ces manifestations, le visage de l’actrice est en proie à différentes métamorphoses. Recouvert par la chevelure de Gene Tierney, qui apparaît à l’écran à plusieurs reprises, il adopte par moments une apparence animale le faisant tendre à la fois vers les représentations de la créature incarnée par Jean Marais dans La Belle et la Bête (1945) et celles du Dr Zira (Kim Hunter) dans Planet of the Apes (La Planètes des singes, 1968). Doit-on voir dans ce glissement identitaire un effet de régression consécutif au chagrin éprouvé par la figure centrale du montage ou plus simplement l’accès à une certaine humanité conformément à la personnalité des personnages dont elle se rapproche dans les films de Jean Cocteau et de Franklin J. Schaffner ?

La structure scénaristique du film s’en trouve totalement bouleversée. Sur le squelette parfaitement identifiable que constitue le plan où apparaît Dorothy Adams, les différents épisodes de Laura viennent se greffer pour créer des bribes de narration indépendantes qui semblent suivre chacune une logique qui leur est propre. L’affliction convoque différents souvenirs que le montage entremêle dans un tissage dont la figure en pleurs semble être la seule à pouvoir reconstituer la trame. Introduits dans le montage à plusieurs reprises, certains extraits du film témoignent d’effets de ressassement qui, tout en tentant de rejouer indéfiniment le passé, de redistribuer les cartes du jeu, finissent par faire perdre au récit sa lisibilité.

Clairement marquée par un début et une fin contrairement à plusieurs montages de l’exposition, la structure d’ensemble rend compte toutefois d’une consolation progressive du personnage. Une fois épanchées, les larmes de Bessie finissent par se dissiper et permettre à la domestique d’accéder à un point de vue dont elle était jusque là privée, à une certaine clairvoyance (suggérée par le grossissement excessif d’un de ses deux yeux à l’image). Le plan de Dorothy Adams correspondant dans le film de Preminger au moment précis où Bessie apprend, contrairement à ce qu’elle avait conclu quelques jours plus tôt, que Laura est toujours en vie, on pourra envisager l’ensemble du montage comme un commentaire de cette révélation, une interprétation de ses implications pour le personnage.

S’éloignant au bout de quelques minutes de projection du visage de la figure en pleurs, la caméra semble suivre une logique liée à cette prise de conscience. Perdant sa fonction compassionnelle et ses impulsions voyeuristes, elle se retire à l’image des personnages qui entouraient Bessie dans le film.

Une dernière surimpression vient enrouler sur le corps du personnage une chevelure féminine comparable à la fourrure d’un renard. Elégamment jetée sur ses épaules, elle témoigne des bienfaits et de la douce chaleur du réconfort.

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